Arboretum de l’Hort de Dieu

Situé sous le sommet du mont Aigoual, et connu des botanistes depuis le XVIe siècle, le site de l’Hort de Dieu a vu l’implication très forte de Charles Flahault, avec la mise en place des collections botaniques et la réhabilitation de l’ancienne bergerie en chalet laboratoire.

Les collections d’arbres sont disposées en fonction de l’aire d’origine des espèces : Amérique du Nord, Extrême Orient, Europe – Moyen Orient – Afrique du Nord. Sur les 140 espèces testées depuis l’origine, 75 sont encore visibles aujourd’hui, parmi lesquelles plusieurs espèces de Sapins méditerranéens, l’Épicéa de Hondo aux jolis cônes rouges (Japon), le Douglas et le Sapin noble (Amérique du Nord-ouest).

Une collection d’arbustes et un « jardin alpin », particulièrement fleuri en juin-juillet, complètent le dispositif expérimental mis en place par le botaniste.

L’Aigoual et ses arboretums

Le massif de l’Aigoual recèle, au cœur même de la forêt, un patrimoine historique remarquable : un réseau expérimental d’arboretums installés autour de 1900, dont nous vous proposons de découvrir les spécificités.

Dans le cadre du grand programme de reboisement mené sur le massif à partir de 1865, différents types d’actions ont été menés de front : acquisitions foncières, création de pistes forestières, construction de murets et de fascines pour retenir les sols, et bien sûr des semis et surtout des plantations. Les essences utilisées furent essentiellement des essences européennes : épicéa, pin à crochet, pin sylvestre, pin noir, mélèze, sapin. Mais tout en affinant les techniques de reboisement, Georges Fabre, qui dirigeait les opérations sur le massif côté gardois, pressentit l’intérêt que pourraient présenter aussi des essences forestières exotiques. Rappelons que l’introduction de ces essences par des collectionneurs s’était développée en France depuis la fin du XVIIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, la réussite de certaines d’entre elles laissait envisager une utilisation possible en sylviculture.

L’implantation d’un réseau de neuf arboretums sur le massif, dans des conditions écologiques variées, avait donc pour objectif d’expérimenter des essences exotiques et de préciser le domaine possible de leur emploi. L’enseignement principal de ces arboretums « d’élimination » est que certaines essences sont mieux adaptées que d’autres au climat cévenol. Ainsi les sapins méditerranéens et le douglas s’en sortent très bien, comme globalement l’ensemble des espèces originaires d’Europe, d’Asie mineure et de l’ouest de l’Amérique du Nord. À l’opposé, les espèces d’Asie orientale et de l’est de l’Amérique du Nord dépérissent largement.

La collaboration de Georges Fabre avec Charles Flahault, directeur de l’institut de botanique de Montpellier, allait accentuer le caractère scientifique de ces expérimentations. La mission confiée en 1902 par l’Administration forestière au botaniste était « d’organiser à l’Aigoual des observations suivies sur la vie des végétaux dans leurs rapports avec le climat et d’élargir le cadre des études physiques entreprises à l’observatoire météorologique en y faisant rentrer les études biologiques si importantes pour la sylviculture ». Et ce qu’énonçait Flahault en 1904 : « Toute tentative d’acclimatation est illusoire… Nous ne réussissons à introduire un végétal d’un pays dans un autre, que si il trouve dans ce pays, nouveau pour lui, un ensemble de conditions de climat et de sol identiques à celles qu’il subit dans son pays d’origine ou très peu différentes » s’est effectivement confirmé. D’où l’importance capitale pour les reboisements, outre l’espèce utilisée, de la provenance géographique précise de cette espèce.

Même si les arboretums ont fait l’objet d’un suivi et de compléments de plantations jusqu’en 1928 par Flahault et jusqu’en 1965 par la Station de Recherches et Expériences Forestières de Nancy, les enseignements n’ont pas été utilisés sur le massif, le reboisement ayant été une pleine réussite. Par contre, les travaux de Flahault ont ouvert la voie à d’autres disciplines scientifiques, telles que la phyto-sociologie et l’écologie. Notons pour terminer que ces arboretums ont la particularité d’être imbriqués dans la végétation spontanée, ce qui nécessite des travaux d’entretien afin de contenir la dynamique naturelle du hêtre et du sapin. Par ailleurs, les collections d’arbres ayant plus de 100 ans, un certain nombre d’entre eux dépérissent (âge, inadaptation), d’où une réflexion engagée sur le renouvellement des collections, à l’Hort de Dieu en particulier.

Les arboretums sont aujourd’hui gérés par l’Office national des forêts. Ils ont une vocation première d’accueil du public (patrimoine historique) mais aussi de conservation des ressources génétiques (récolte de graines).

Un terrain d’expérimentation pour les botanistes

L’Hort de Dieu est situé à 1300 mètres d’altitude, au carrefour des influences méditerranéenne, montagnarde et océanique. Ici, le climat est marqué par les extrêmes : fortes précipitations (en moyenne 2000 mm/an), brouillard (200 jours/an), nombreux jours de gel et de neige, vents violents, sécheresse estivale… Le site, même abrité par le sommet de l’Aigoual, est sillonné de petits valats (vallons encaissés) pouvant se transformer en véritables torrents en automne ou en cascades de glace en hiver. Toutes ces circonstances font de l’Hort de Dieu un site d’une richesse exceptionnelle et un terrain d’étude et d’expérimentation privilégié pour les botanistes.

Les collections d’arbres ayant un peu plus de 100 ans, un certain nombre d’entre eux dépérissent, soit par leur âge, soit par leur inadaptation au massif. C’est l’évolution naturelle de cet arboretum « d’élimination ». On compte aujourd’hui 75 espèces sur les 140 testées depuis un siècle.

C’est pour conserver l’intérêt de ce lieu patrimonial que l’Office national des forêts a engagé avec le Parc national des Cévennes une réflexion sur le renouvellement des collections…

Pin à crochets ou pin couché ?

En Europe, à la limite supérieure des forêts de montagne, pousse un pin « prostré » appelé pin couché. Pour vérifier si cette forme, différente de celle du pin à crochets, était due à la violence des vents ou à la génétique, Flahault a planté côte à côte les deux arbres. Il a ainsi démontré que cette particularité était liée à la génétique, et qu’il s’agissait donc de deux espèces différentes.

Contrairement aux conditions ventées d’origine, le pin couché est aujourd’hui dominé par les autres arbres et appelé à disparaître. Notez qu’il figure actuellement sur la liste des espèces protégées en France.

La reconstitution forestière

De ce panorama sur la haute vallée de l’Hérault, on peut comparer plusieurs dynamiques forestières :

  • sur votre gauche une évolution naturelle : les crêtes rocheuses présentent une végétation herbacée et arbustive (genêts purgatifs). Elles sont peu à peu colonisées par des arbres tels que le chêne ou l’alisier blanc. Cette fermeture des milieux a tendance à être préjudiciable à certaines espèces telles que le papillon Apollon.
  • en face, on observe une reconstitution naturelle de la forêt de hêtre à partir des taillis surexploités du XIXe siècle.
  • sur le haut des versants à droite une dynamique forestière assistée : plantations et semis massifs ont permis de reconstituer le couvert forestier ; la forêt est aujourd’hui mélangée entre résineux introduits et feuillus spontanés.

Vous avez dit « chourradou » ?

Ce hêtre remarquable de plus de 200 ans, appelé « chourradou » en occitan tient son nom des moutons qui venaient « chourrer », c’est-à-dire ruminer et se reposer sous son couvert ombragé.

Sur un autre de ces vieux hêtres, en contrebas du sentier, se trouve un grand lichen appelé Lobaria pulmonaria, caractérisé par ses grands besoins en eau et sa sensibilité à la pollution atmosphérique. Sa croissance est très lente et sa présence atteste de l’ancienneté de cette partie de la forêt.

Le jardin alpin

Avant d’arriver au chalet, vous pouvez découvrir un exemple du travail expérimental de Charles Flahault : le jardin alpin.

Le chalet, laboratoire de Charles Flahault

« Et qui sait si quelque généreux mécène ne voudra pas un jour que nos étudiants trouvent, à l’Hort de Dieu même, un toit hospitalier ? J’y vois, dès maintenant, comme si elle s’y élevait, la petite maison largement éclairée vers la Méditerranée avec sa salle de travail au rez-de-chaussée, sa grande cheminée autour de laquelle on débat à la veillée les problèmes scientifiques… »
Charles Flahault, 1904

Ce rêve fut exaucé l’année suivante avec la construction de ce chalet dans le style balnéaire typique du début de XXe siècle. Ce dernier a permis à Flahault et aux chercheurs de séjourner et de travailler sur place, et d’aménager un jardin botanique, un potager d’altitude et une pépinière à proximité.

Malgré la fermeture du milieu par la forêt, certaines plantes introduites à l’époque se sont maintenues jusqu’à aujourd’hui : lis des Pyrénées, grande astrance…

L’acclimatation d’une espèce végétale

Fabre et Flahault ont poursuivi deux objectifs : l’étude de l’adaptation de certaines essences forestières au climat cévenol et plus généralement l’étude des végétaux dans leur rapport avec les conditions environnementales.

Pour quelles conclusions ? Il apparaît clairement que certaines espèces végétales sont mieux adaptées que d’autres au climat cévenol. Ainsi les sapins méditerranéens et le douglas s’en sortent très bien, comme globalement l’ensemble des espèces originaires d’Europe, d’Asie mineure et de l’ouest de l’Amérique du Nord. À l’opposé, les espèces d’Asie orientale et de l’est de l’Amérique du Nord dépérissent largement.

Ce qu’énonçait Flahault en 1904 : « Toute tentative d’acclimatation est illusoire… Nous ne réussissons à introduire un végétal d’un pays dans un autre, que si il trouve dans ce pays, nouveau pour lui, un ensemble de conditions de climat et de sol identiques à celles qu’il subit dans son pays d’origine ou très peu différentes » s’est effectivement confirmé.

Par son travail, le botaniste pose ainsi les bases de la phytosociologie, une approche adaptée plus tard par son élève Josias Braun-Blanquet, qui étudie en particulier l’agencement des plantes par communautés, en fonction des conditions du milieu.

Une espèce invasive : la renouée

La renouée des îles Sakhaline, tout comme la renouée du Japon, est une plante invasive : elle n’est pas dans son milieu d’origine et se développe au détriment d’autres espèces le long de routes et sur les berges de nombreux cours d’eau.

Un projet de « zone test » visant la limitation de l’espèce est à l’étude à l’Hort de Dieu, poursuivant la vocation expérimentale de cet arboretum.

Histoire de botanistes

La particularité de ce lieu lui valut son nom de « jardin de Dieu » (Hortus Dei). Depuis le XVIe siècle, l’Aigoual permet aux botanistes de recueillir des espèces rares qui alimentent les herbiers et les relevés botaniques. Certaines espèces étaient également récoltées pour leurs vertus médicinales que l’on nommait « vertus des simples », terme retrouvé dans une carte manuscrite des Cévennes du début du XVIIIe siècle.